Le français est à nous

Le livre qui fait repenser l’ortografe*

J’ai hésité à poster cet article sur Le Français est à nous !, me disant qu’on avait d’autres chats à fouetter que de réfléchir à l’accord du participé passé en ce moment. Finalement, je me suis dit qu’après avoir utilisé toute votre farine à tenter de cuisiner du pain, vous seriez peut-être content d’avoir un conseil lecture, non ?

Le Français est à nous !, Petit manuel d’émancipation linguistique de Maria Candea & Laélia Véron répond intelligemment à tous ceux qui disent la langue française en péril…

J’ai emprunté Le Français est à nous ! un peu par hasard à la médiathèque. Je suivais Laélia Véron sur Twitter, j’aimais ses threads enflammés et très documentés sur la langue française, je me suis dit : « Pourquoi pas ! »

le français est à nous

Grand bien m’en a pris, je n’ai pas lâché cet essai, très bien écrit, très accessible à des non-spécialistes de la langue, relevant la tête toutes les deux minutes pour partager une phrase particulièrement extraordinaire avec mes non-collègues de travail (vie de free-lance <3).

J’ai découvert dans ce livre l’expression « insécurité linguistique », insécurité liée à la peur de faire des fautes (quand on pense au mot « faute » il est d’ailleurs sûrement un peu trop fort pour nommer une simple erreur orthographique). Maria Candea et Laélia Véron, toutes deux linguistes, démontent le principe de langue figée et par là même la notion de faute : « Derrière chaque faute courante, il y a une histoire. Une faute que tout le monde adopte cesse d’être une faute. Ce que nous considérons maintenant comme correct pouvait auparavant être considéré comme fautif et vice versa. (…) Ensemble, nous continuons à écrire l’histoire du français.« 

Des difficultés orthographiques pas vraiment innocentes

Comment expliquer les difficultés orthographiques du français ? « Rappelons le choix initial des premiers académiciens : l’orthographe était un outil de distinction sociale ; il s’agissait, pour les hommes de la noblesse et du clergé, de se distinguer des ‘ignorants’ et des ‘simples femmes’. Il fallait donc qu’elle soit la plus éloignée possible de la notation de la prononciation, et qu’elle se fonde le plus possible sur la connaissance du latin, qui n’était pas enseigné aux ignorants et aux simples femmes. » Les « défenseurs de la langue française » ne seraient donc pas totalement désintéressés.

L’Académie française et sa réticence à la féminisation des noms de métier, l’histoire du parler « petit nègre », le soi-disant « génie » de la langue française, le français « fictif et rabougri » des livres de grammaire scolaire, l’écriture inclusive… autant de notions que cet ouvrage évoque de manière tout à fait instructive, permettant de prendre beaucoup de recul vis-à-vis de cette sacro-sainte orthographe !

Le Français est à nous !, Petit manuel d’émancipation linguistique de Maria Candea & Laélia Véron, éd. La découverte, 240 p., 18 euros

* Ceci n’est pas une faute ! C’est de l’orthographe rationalisée et c’est également ainsi que Molière écrivait « orthographe ».